Althess Slameur, artiste qui combat le Covid-19 avec les mots

Article : Althess Slameur, artiste qui combat le Covid-19 avec les mots
18 juin 2020

Althess Slameur, artiste qui combat le Covid-19 avec les mots

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


« En temps de crise comme en temps de joie, le poète n’accouche que de textes !
Face à l’actualité voici ce que ma plume accouche !
J’espère que tu le partageras avec toutes les couches !
Comme en Chine je rêve de voir chaque médecin rentrer chez lui !
Soldats comme hauts gradés debout pour leurs saluts !
Je rêve de voir chaque homme reprendre son ancienne vie
Je rêve de voir chaque homme embrasser de nouveau la femme de sa vie !
Je rêve d’entendre ce cri partout et pour tous : c’est fini, c’est fini, le coronavirus est fini, le coronavirus est fini !
Je rêve de voir une Italie qui crie : le Covid-19 est vaincu, le Covid-19 est vaincu !
Je rêve de voir un monde où chaque continent revit !
Je rêve de ce jour où on dira à nos progénitures 
A nos mômes et aux autres mômes comment on a gagné cette guerre !
Ce jour où on leur dira de s’aimer et de ne pas se croire supérieur !
Car la vie est mince, à chaque moment une menace peut te réduire entre 4 murs !
Au pire dans un linceul oublié dans un cercueil !
Je rêve, je rêve, je rêve mais pour l’Afrique j’ai des mises en gardes !
Le coronavirus ne connait ni ton appartenance religieuse, ni ton appartenance politique, ni ta couleur de peau
Quand le coronavirus t’attaque, il t’achève !
Le coronavirus a plus d’influence sur les organismes vieillissants !
Ce n’est pas une raison pour les jeunes de ne pas respecter les normes !
Nos parents ont passé toute leur vie à veiller sur nos vies !
On doit veiller sur eux pour le reste de leur vie !
Frères et sœurs pour nos pères et nos mères on doit agir
Nos parents ont certes commis beaucoup d’erreurs !
Mais ils nous ont aidé à éviter beaucoup d’erreurs !
Ils souhaitent certes partir avant nous !
Mais ils ne s’attendent pas à ce que la cause vienne de nous !
Le coronavirus est certes dangereux mais l’humanité a connu plus dangereux !
L’Afrique a connu et connaît plus dangereux !
Ne pas céder à la psychose ne veut pas dire sombrer dans la bêtise en brisant les normes !
Cette maladie est certes moins dangereuse mais ne la prends pas comme les caresses de ta femme !
A toi grand croyant, que tu sois pasteur ou imam, écoute mes dires !
Je sais que pour toi, on ne contredit pas Allah ou Jésus !
Le Vatican est fermé en Italie, chacun prie Jésus chez lui !
La Kaaba est fermée à la Mecque, chacun prie Allah chez lui!
Je sais que pour toi le rêve c’est la Mecque ou bien la Rome!
Appelle Soudaisse et il te dira reste chez toi mon fils !
Appelle le Pape il te dira garde tes distances ma fille !
Appelle ton docteur et il dira lave tes mains sans relâche mon frère !
Appelle Althess et il te dira évite de serrer les coudes et tousse dans ton coude !
A ceux qui profitent de cette crise pour augmenter les prix des désinfectants et bavettes !
Sachez que vous êtes plus dangereux que tous les trafiquants d’armes de la planète !
C’est ne pas le moment de faire des chiffres, c’est le moment de s’unir, de battre pour survivre !
On se dit que ça n’arrive qu’aux autres, ça peut aussi arriver aux nôtres !
Alors plus de solidarité par le partage ainsi l’espoir va renaître !
Aux créateurs et partageurs des fausses rumeurs, s’il vous plaît fermez vos gueules !
Le coronavirus n’est pas votre camarade, le coronavirus n’est pas votre camarade ! »

Ces mots ne viennent pas de moi mais d’un jeune artiste slameur nigérien. On l’appelle Althess Slameur, de son vrai nom Abdoulaye Seydou Souleymane. Il est étudiant en communication et marketing à l’IPHEC et étudiant à la faculté des Lettres, Arts et Culture à l’Université Abdou Moumouni de Niamey. Je l’ai interrogé sur la période que nous vivons pour savoir comment il s’inscrit dans la lutte contre le coronavirus. 


Parlez-nous de vous…

« Je suis artiste, slameur, poète. J’ai déjà sorti un album et j’ai fait une tournée nationale. Je suis chef d’une agence de communication audiovisuelle et événementielle qui s’appelle Positif Business. Je suis également consultant mass-médias et événementiel. Je pilote actuellement les activités d’une campagne jeune, “Merci Mon Héros”, en faveur du dialogue parents-enfants sur la santé de la reproduction, diffusée dans tous les pays de l’Afrique francophone. »

Comment la pandémie a bouleversé votre vie ?

« Du côté de mon entreprise, on a connu une baisse drastique car notre principale activité c’est la sonorisation et la prise d’images d’événements. Donc pas d’activité, pas de gombo, sous entendu pas de travail, pas d’argent.
En ce qui concerne mon travail d’artiste, je me suis retrouvé au chômage technique car d’habitude, je suis invité à des cérémonies, des anniversaires et des séminaires pour slamer sur le thème de l’événement, d’où mon slogan : “A chaque activité un thème et à chaque thème son texte”. Mais toutes ces activités ont été annulées.

Althess Slameur via Facebook

Comment vous êtes-vous organisé pour faire face à la crise ? 

« Je me suis adapté. Je suis artiste avant tout. L’artiste est responsable, et on sait qu’une personne responsable économise car il peut y avoir des inconnus et des imprévus. Je vis de mes maigres économies. »

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour slamer sur le sujet du coronavirus ?

« J’ai eu besoin de pousser un coup de gueule alors j’ai utilisé ma plume comme une arme face au Covid-19. L’inspiration est née bien sûr de l’arrivée même du coronavirus et surtout de l’ampleur mondiale de la crise sanitaire. Mais mes mots viennent aussi de la peur de lire chaque soir aux journaux le nombre de personnes qui décèdent en Chine, en Italie et ailleurs. J’avais peur du rythme de migration de la maladie de pays en pays. Je me disais surtout qu’il ne fallait pas que le pire arrive chez moi. Je me suis dit : autant utiliser mon art pour extérioriser tout ça. J’ai alors trempé ma plume dans l’encrier un soir seul à la maison. Après la sortie de la première vidéo, les internautes ont souhaité une version en langue zarma. C’est positif car cette version a touché plus de personnes. »

Comment vous comptez contribuer à la lutte contre cette pandémie ?

« En tant qu’artiste, je contribue à la lutte contre le coronavirus à travers mon art. Je continuerai de conseiller à respecter les mesures barrières sur toutes les plateformes où j’interviens. » 

Althess Slameur via Facebook


Depuis l’apparition du coronavirus au Niger, le 19 mars, des jeunes comme moi se sont mobilisés pour mener des actions dans le but de sensibiliser et de combattre ce mal. Et moi alors ? Je crois qu’en mettant en lumière ces jeunes infatigables, plein d’idées et de bonne volonté, qui luttent contre le Covid-19, j’apporte ma modeste contribution ! 

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Commentaires

Mahamat Soukaya
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Courage avec le slam c'est fini corona